DÉBUTS DU SULTANAT/ II

L’Histoire comorienne comporte plusieurs périodes, à savoir la période des Fe, la période des Beja, la période des Fani et la période des sultans. De nombreux chercheurs ont écrit sur ces époques, et grâce à l’aide des témoignages des habitants. La plupart de ces écrits contiennent des erreurs. Il est temps d’y remédier, en confrontant l’ensemble des données, d’autant que certaines sont complémentaires. Ceci est la suite de la première chronique parue le 1er août sur ce site.

L’arrivée des Chiraziens dans l’archipel des Comores s’est déroulée au début du XIVe siècle. Nous le savons grâce aux données évoquant l’année du décès du sultan Inyehele. D’autres données appuient cet argument. Il s’agit ici des inscriptions du mihrab de la mosquée de Tsingoni. Toutes les traductions et les récits rapportent que cette structure a été construite en l’an 944 de l’Hégire. Il se trouve que non. Voici ce qu’en disent les traductions effectuées par des arabophones, chercheurs et passionnés d’histoire.

Les premiers à traduire ces inscriptions sont les membres de l’équipe archéologique de Martial Pauly. Il s’agit de Hakim Bouktir et d’Assia Daghor-Alaoui. Voici leurs résultats :

بنى هذا المحر اب السلطان عسى ابن السلطان محمد يوم [] الر ابع عشر فى شهر ذي القعذة

سنة الجمعة بعر (?) أربعة أربعين وتسعة منة[1] الهجرة [] النبوية على صاحبها أفضل الصلاةوالسلام

« Ce mihrab a été construit par le sultan ‘Issa [mais la lecture Ali est plus probable] fils/ du sultan Mohamed, le jour de [lacune]/ du quatorzième jour de dhi lqi’ida de l’année du Vendredi [après ?] [Mot illisible ; peut être shura], quatre / quarante et neuf cent [944] de l’Hégire / [courte ligne lacunaire] sur celui qui l’a accompli les meilleures prières / et salut ».

Ne trouvant aucune correspondance sur le nombre 944, sur les inscriptions, j’ai demandé à d’autres personnes de proposer leurs traductions que je vous présente ici.

  • La traduction de Alhabibou Mohamed Bina: بنىهذ المحراب السطان عل بن السلطان محمد يوم ١٢ الر ابع وعشر في شهر ذي القعدةسنةجمعة…….سنة ٩١٠ بعد الهجرة على صا حبها أ فضل الصلاة و السلام

« A construit le mihrab le sultan ‘Ali bin sultan Muhammad le 12 (ou 14) du mois dhulkaada de l’an de vendredi… l’année 910 de l’hégire du prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui ».

  • La traduction de Nadhir al-Hamidi “Doudou”: بنى هذ المحر اب السلطا ن على ابن السلطا ن محمد يو م ١٢ الر ابع عشر فى شهر ذى القعد ة سنة الجمعة لعدل مظى له بعد و ار تع سنة ٩١٥ لتعا يته الهم النبو ييه على صا حبها

ا فضل الصلا ة والسلا م

« Ce mihrab a été construit par le Sultan Ali, fils du Sultan Mohamed, le 12ème jour du quatorzième[2] mois de Dhu al-Qa’dah l’an 915, après son intronisation, soit le jeudi 21 février 1510 (calendrier grégorien). Pour faire preuve d’équité, accomplir des prières surérogatoires les vendredis (Sounna Nabawiya) et comprendre la mission du prophète Muhammad que la meilleure des prières et la paix soient avec lui ».

  • La transcription[3] de Saïd Omar Saïd Athoumani: بنى هذا المحراب السلطان على ابن السلطان محمد يوم ١٢ [4][vide] الربع عشر فى شهر ذى القعذ سنة الجمعة بعذ مبنى……سنة ٩١٠ لعا يته [5]الهجري النبويه على صحبها أ فضل الصلا ة و لسلام

 

L’année trouvée par les trois arabophones diffère de celle des collègues de Martial Pauly. Comme vous l’avez observé, nous sommes bien loin de l’année 944 de l’Hégire. Ici, nous notons la mention d’une autre année : 915 de l’Hégire. Les inscriptions du mihrab ne mentionnent que  cette année-là.

Grâce à ces différentes traductions et en analysant ligne par ligne, ponctuation après ponctuation,[6] j’ai obtenu une traduction, qui semble être proche de ce que l’auteur a écrit[7]. La voici :

بنى هذ المحراب السلطان على ابن السطان محمد يوم أل

الرابع عشرفى شهرذى القعدة سنةالجمعة

Le mihrab a été construit par le sultan ‘Ali bin sultan Muhammad, le quatorzième[8] jour du mois de dhul-qa’da de l’année du Vendredi.

لع ل مظى له بعه ووارتعى

Que Dieu le bénisse[9]

سنة ٩١٥ اللعاية الهجرى

En l’an 910 de l’année hijri[10]

النبو ييه على صا حبها

ا فضل الصلا ة والسلا م

Que la paix et la bénédiction soient sur le prophète[11].

Les inscriptions et les dates approximatives obtenues déduisent que le sultanat aux Comores a bel et bien débuté vers le milieu du XIVe siècle. Celles du mihrab concordent aussi avec la généalogie de cette famille chirazienne. Le mihrab a été construit bien avant le XVIe siècle. Ce qui concorde avec les preuves archéologiques au sujet de cette mosquée, déjà fréquentée durant le XIVe siècle[12].

Grâce aux inscriptions sur la tombe du sultan Inyehele, mort en 1470-1471, et aux inscriptions du mihrab de la mosquée de Tsingoni, nous savons que l’arrivée de cette famille régnante aux Comores date du début du XIVe siècle, soit autour de 1320[13].

La raison de l’arrivée de celle-ci dans l’archipel est la suivante. Selon Neville Chittik, Al-Hasan b. Talut, membre de la dynastie Mahadali à Kilwa, a remplacé le dirigeant[14], avec le soutien de partisans anti-chiraziens. C’est durant le règne de son petit-fils, al-Hasan b. Sulayman que Mafia, où les Shiraziens continuaient à régner, est tombé. Ainsi, l’installation de la dynastie Mahadali sur le trône de Kilwa (1277) a coïncidé avec des conflits, qui ont eu lieu entre la nouvelle et l’ancienne dynastie, au sein même du sultanat. A cause de ces conflits, des membres de la dynastie ont préféré s’exiler aux Comores.

Quelques générations plus tard, Mwasi réunit le Bambao du Sud et le Bambao du Nord. Il devient le premier sultan de cette région vers 1354 de l’ère chrétienne. Hasan et ‘Uthman en prennent note et décident d’aller tenter leur chance dans le reste de l’archipel. C’est ainsi qu’ils deviennent les premiers sultans à Ndzuani et Maore autour de 1355.

Vers 1373, Djumwamba Pirusa devient le premier sultan de l’Itsandraïa. Comme le rapporte Saïd Omar Saïd Athouman, le sultanat de Ndzuani avait commencé bien avant celui de l’Itsandraïa. Ceci est confirmé par les résultats obtenus des différentes enquêtes, aujourd’hui.

Il faudrait actualiser les données pour se rapprocher des événements passés, en partant des preuves concrètes, telles que les gravures, la généalogie, l’archéologie et la génétique. Pour conclure, j’aimerais remercier Saïd Omar Saïd Athoumani, Nadhir al-Hamidi, Alhabibou Mohamed Bina et tous ceux qui m’ont apporté leur aide dans ce travail. C’est en cherchant que nous percerons les mystères de notre histoire dans cet archipel.


L’image à la Une : le sultan ntibe Ahmed bin Shaykh Ngome alias Mwinyi Mkuu.

[1] Ici le nombre 944 aurait été écrit à l’envers. Martial Pauly justifie cette erreur, en disant qu’il s’agit d’une deuxième personne ne maîtrisant pas la calligraphie. Car il observe de « nombreuses irrégularités et maladresses dans la formation des mots et des lignes ». A titre d’exemple, il montre que le mot de liaison « »  est répété deux fois de suite.

 

RÉCIT(S)

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