DÉBUTS DU SULTANAT/ I

L’Histoire comorienne comporte plusieurs périodes, à savoir la période des Fe, la période des Beja, la période des Fani et la période des sultans. De nombreux chercheurs ont écrit sur ces époques, et grâce à l’aide des témoignages des habitants. La plupart de ces écrits contiennent des erreurs. Il est temps d’y remédier, en confrontant l’ensemble des données, d’autant que certaines sont complémentaires.

La période que je vais évoquer ici est celle des sultans. Je vais essayer de déterminer ses débuts, en comparant les résultats des chercheurs français et comoriens. Le sultanat aux Comores aurait débuté au XIIIe siècle de l’ère chrétienne, introduit par des membres de la famille régnante de Kilwa, originaire de Chiraz. Selon Damir Ben Ali, historien et anthropologue, une famille appartenant à la lignée al-Ahdal, venant du Yémen, s’est alliée à des commerçants indiens, établis à Kilwa, pour réaliser un coup d’état. L’acte a été commis en 1277. La famille régnante a dû s’exiler. Une partie de ses membres est arrivée aux Comores. Il s’agissait de Muhammad bin ‘Isa al-Chirazi, de son fils Hasan, de sa fille, dont le nom est inconnu, de son cousin ‘Uthman bin Ahmad al-Chirazi et de sa nièce, Fatima, surnommée « Fatima Nyile za Dhahabu ».

L’arrivée de cette famille royale aux Comores se serait produite au cours de cette même année. Ibouroi Ali Tabibou[1], historien comorien, cite Sophie Blanchy, qui indique que la traversée entre la côte Mozambicaine et celle de la Grande Comore à l’époque dure, seulement, deux jours. Le cadi, Saïd Ahmed Zaki, rapporte[2] pour sa part que Hasan et ‘Uthman sont devenus les premiers sultans des îles de Ndzuani, pour le premier, et de Maore, pour le second, autour de 1400 – 1401 de notre ère. En effectuant la soustraction de 1400 et 1277 ou de 1401 et 1277, j’obtiens une différence de 123 à 124 ans, et en ajoutant l’âge qu’ils avaient en 1277, cela dépasse les 120 ans. L’archéologue, français, Martial Pauly[3], parle, lui, de Rober Orme : « […] un anglais, faisant escale à Anjouan le 15 août 1754, où il nous apprend que l’arrivée des « Arabes » qui dirigent le pays (il faut entendre, par-là, les shirazi) remonte à environ 300 ans. Son informateur s’exprimant en années musulmanes, il faut donc convertir ces 300 années en 291 années chrétiennes. C’est donc autour des années 1460-1470 qu’il faut dater l’alliance matrimoniale conclue par les princes shirazi Hassan et Athumani avec l’aristocratie fani des îles d’Anjouan et de Mayotte ».

D’autres sources

Selon ce dernier auteur, le début du sultanat à Maore et à Ndzuani aurait donc débuté entre 1460 et 1470. Mais là encore, l’écart entre l’arrivée et le début du sultanat aux Comores se situe sur un intervalle de 183 à 193 ans. Mais pour résumer, l’arrivée de certains membres de la famille régnante de Kilwa aux Comores se situerait au cours de l’année 1277. Parmi eux, Hasan et ‘Uthman auraient régné à Ndzuani et à Maore autour de 1400-1401, selon le cadi Saïd Ahmed Zaki, alors que Martial Pauly situe le début du sultanat de ces deux îles entre 1460 et 1470.

Arbre généalogique.

Martial Pauly et le cadi Saïd Ahmed Zaki, on peut le constater, ont commis leurs écrits, sans approfondir leurs recherches sur la Grande Comore. En 1985, Damir Ben Ali et ses collaborateurs publient un ouvrage[4], relatant le récit de l’arrivée des Chiraziens aux Comores, en se fondant sur les chroniques du sultan Saïd Bakar[5] et du cadi Abdul Latwif[6]. Avant qu’ils ne débutent le récit, les auteurs annoncent que les données concernent une « période très ancienne, correspondant probablement au XIIIe ou au XIVe siècle ».

Que dit le récit en question ? Les membres de la famille royale, après avoir échappé au coup d’état, sont montés sur deux boutres,. Le premier boutre accueillit ‘Uthman et sa fille Fatima, tandis que Muhammad, sa fille et son fils, Hasan, montèrent dans le second. ‘Uthman et Fatima accostèrent dans l’actuel village de Mbachile. Le bedja[7]de la région du Bambao du Sud, Ngoma Mrahafu, prit Fatima pour épouse. Le couple eu une fille. Son père le donna en mariage au bedja du Bambao du Nord, Fe Pirusa. Deux enfants naquirent de cette union : un garçon, Mwasi Pirusa, et une fille. Ayant réussi à unir les deux Bambao, Mwasi devint le premier sultan de cette nouvelle région.

Muhammad, sa fille et son fils, Hasan, arrivèrent dans le territoire du bedja Maharazi dans le Hamanvu. Ce dernier épousa la fille de Muhammad. De leur union naquit une fille, Maizani. On la maria au bedja la Mbadani. Leur union donna naissance à Fe Simayi et à une fille. Fe Simayi devint le bedja des deux territoires réunis – Hamanvu et Mbadani – alors que sa sœur épousa le bedja de l’Itsandra, Fe Ubayya, qui n’était autre que Fe Pirusa. Leur fils, Djumwamba Pirusa, devint le premier sultan de l’Itsandra. Sa sœur, Wabedja, perpétua sa lignée dans la grande région du Hamahame. Son fils, Fe Mte wa Kandzu, fut le premier sultan de cette région.

Calculs et approximations

Sachant qu’une génération se rapporte à 25 ans, j’obtiens une année approximative, en partant de la supposée arrivée des Chiraziens. Ainsi, de Fatima à Mwasi Pirusa, 50 ans se seraient écou-lés. La somme de 1277 et 50 est de 1327. Ce qui veut dire que Mwasi était déjà né. De la fille de Muhammad au sultan Inyehele, 150 années se seraient écoulées. La somme de 1277 et 150 est de 1427, la période où le sultan Inyehele vivait. Or le problème des différences d’années persiste toujours, en ce qui concerne le début du sultanat de Maore et de Ndzuani.

Il faudrait se baser sur des données concrètes. Il se trouve qu’il en existe dont celle de l’année de la mort du sultan Inyehele. Il est décédé en l’an 875 de l’Hégire, soit entre 1470 et 1471[8][9]. Comme il s’est passé 150 ans depuis le débar-quement des Chiraziens jusqu’à sa naissance, la soustraction de 1471 et 150 ou de 1470 et 150 donne une différence de 1320-1321. Les Chiraziens auraient par ailleurs accosté autour de 1320-21.

En conclusion, l’arrivée de la famille régnante aux Comores, n’a pas eu lieu au cours de l’année chrétienne 1277. Grâce à l’inscription, présente sur le pilier du tombeau du sultan Inyehele (Cf. l’image ci-dessus), préservée jusqu’aujourd’hui, j’ai pu déduire une année approximative de l’arrivée de cette famille dans l’archipel. Ce n’est pas la seule donnée qui m’a permis d’obtenir la bonne date. D’autres données existent et vont dans le sens de cette arrivée autour de 1320, soit au XIVe siècle, comme l’avancent Damir Ben Ali et ses collaborateurs.

Rabouba Jr Al Shahashahani

 

RÉCIT(S)

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